< >






MATÉRIAUX : bois, papier, haut-parleurs, amplificateurs, interface audio, détecteurs ultrasoniques, électronique, ordinateur. 
DIMENSIONS :

«Des sons non visuels, qui ignorent à jamais la vue, errent en nous.
Des sons anciens nous ont persécutés. Nous ne voyions pas encore.
Nous ne respirions pas encore. Nous ne criions pas encore. Nous entendions».

Pascal Quignard, La haine de la musique

La circulation des fluides sonde la résonance des eaux, ces corps liquides qui nous sont familiers par la vue et l’écoute aérienne, mais dont les échos subaquatiques nous restent somme toute étrangers. Eaux douces, eaux salées, utilitaires ou consommées, l’eau fait partie intégrante de nos vies. La majeure partie de la planète est submergée et le corps humain est essentiellement constitué d’eau. Puis il y a ces temps originel et utérin où tous, nous avons baigné dans un substrat liquide. Nous sommes issus des fluides, nous vivons au rythme des fluides. L’écoute des mondes aquatiques révèle ainsi un bagage ontologique et social, aux métaphores potentielles à explorer par nos oreilles aériennes.

L’eau a sa spatialité propre, son rythme propre, ses modalités propres. Elle est duelle, une masse à la fois dense et légère, un milieu comprenant des zones de confort comme des régions obscures. Ce macrocosme liquide, figure de l’insondable, semble être un abîme de silence. Hors il recèle des sonorités qui, pour y accéder, requièrent une écoute de l’ «intérieur».

La Circulation des fluides est une installation sonore, composée de pavillons en papier de dimensions variées, portés par une structure en bois aux nombreuses lignes de fuites qui s’entrecroisent, multipliant les points de vue et les horizons. Chaque pavillon est muni d’un haut-parleur, d’un canal d’amplification et d’un capteur à ultrasons. Par ses mouvements et ses déplacements, le visiteur qui déambule dans l’espace active l’émission et façonne les modulations de sonorités subaquatiques de diverses natures, qui ont été captées par hydrophones (micros étanches à l’eau). Aussi, plus il se rapproche d’une source audio, plus le volume s’accroît et à l’inverse, au moment où il s’en éloigne, l’intensité diminue. Les sons sommeillent, attendent l’interlocuteur pour se révéler. Ils vont et viennent, dans la mouvance des corps. La sensation dominante est celle d’une plongée acoustique dans l’antre d’univers fluides en constante mutation, révélant des mondes inaudibles quoique vaguement familiers.

À la manière d’un réseau, l’œuvre est active en différents points de l’espace, elle est organique, relationnelle, engageant le dialogue entre les divers éléments en présence — sons, sculpture, visiteur — s’affirmant comme un tout. Des lignes de force et des trajets d’écoute se composent, s’altèrent et se rejouent. Des parcours multiples sont dès lors possibles, faisant surgir des itinéraires imprévisibles, voire intimistes, car l’eau, l’humide, convie aussi à une expérience sensorielle et mémorielle.

PARTENAIRES FINANCIERS

Conseil des arts et des lettres du Québec

IMAGES

Catherine Béchard